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Entretien sur le design intégré en entreprise avec Jean-Alexandre Kaminisky, directeur général adjoint et co-fondateur de MyPL

Auteur : Région Île-de-France
Entreprise : MyPL

© MyPL   

Jean-Alexandre Kaminisky est le directeur général adjoint et co-fondateur de MyPL (My Personal LifeScope), une solution logicielle en oncologie qui facilite le parcours et la prise en charge du patient. MyPL s’est développé à l’aide d’un designer : au cours d’une interview, Jean-Alexandre Kaminisky nous explique ce que le design a apporté au projet et à l’entreprise.   

Comment est né MyPL ? Avez-vous fait partie d’un programme d’accompagnement ou d’un incubateur ?   

Jean-Alexandre Kaminisky : Je travaille dans le domaine de la santé depuis près de 25 ans. Quelques années en arrière, je travaillais surtout sur les performances technologiques des produits. J’ai vu une évolution intéressante sur les aspects purement visuels, le design des produits. J’ai donc été sensibilisé au design sans pour autant être un acteur du design.  Avec mon associé Christophe Vergne, nous avons créé MyPL, une entreprise développant des logiciels destinés aux experts en oncologie. Développée sous forme de WebApp, MyPL propose une solution complète de prise en main d’un patient sur tout le parcours de soin jusqu’à une phase de rémission. Cela peut par ailleurs s’appliquer à une fin de vie. L’idée derrière la solution logicielle est née de frustrations venant des spécialistes de santé face à un workflow et un accès à l’information difficiles. Nous souhaitions trouver une réponse, une manière d’approcher ces frustrations d’un point de vue technologique pour améliorer la prise en charge des dossiers patients.   

Le côté patient est important pour nous afin de monitorer son état de santé dynamique, pouvoir le consulter, comprendre et entendre ce qu’il veut, pour nourrir en informations les professionnels de santé. Cela créé de la communication entre les outils qui sont faits pour les patients, et d’autre part les logiciels métiers utilisés par les professionnels de santé. Ces derniers disposent parfois d’informations brutes et souvent incomplètes : nous essayons alors de qualifier les informations pour le professionnel de santé, de les présenter de manière lisible, et en même temps de qualifier les informations sur le patient pour comprendre comment il se comporte dans le temps face aux traitements qu’il va devoir suivre.  MyPL rejoint les dernières expériences professionnelles que j’ai pu avoir : les machines ont évolué en termes d’enveloppes extérieures, mais également sont toutes plus ou moins pilotées par des instances graphiques, des pupitres numériques. L’aspect design est alors important sur des sujets d’ergonomie et de prise en main.   

Quel est le lien entre MyPL, la Région Île-de-France et ses partenaires ?   

J-A.K : Le projet a débuté lors d’une incubation à Saclay chez Incub’Alliance. Nous avons eu la chance de pouvoir bénéficier d’une variété d’aides : nous avons aussi été aidés financièrement par REY, Réseau Entreprendre Yvelines, et SQY. Nous sommes accompagnés par Médicène, OncoEntreprendre en partenariat avec l’Institut Gustave Roussy, ainsi que des coachs et des consultants. Nous avons monté un dossier Innov’Up auprès de la Région Île-de-France, couplé avec la BPI, et avons bénéficié d’une subvention, en plus d’avoir remporté un l’appel à projets européen H2020 Geronte (essai clinique multicentrique européen qui va permettre de mesurer l’apport des solutions numériques auprès de patients âgés - première mondiale en la matière). 

Sur les aspects design, nous avons été aidés par le groupe Apple : nous avons bénéficié, au niveau du Centre d’expertise européen, de retours en vue d’une amélioration pour la prise en main et l’ergonomie du produit, mais également pour la partie développement logiciel.   

Comment avez-vous introduit le design dans votre projet ?    

J-A.K : Vincent Créance, Directeur du Design Spot de l’Université Paris-Saclay, nous a mis en relation avec l’agence de design l’Atelier Universel entre 2019 et 2020. Sur des aspects de méthodologie, d’approche : il faut que les utilisateurs s’expriment sur toutes les frustrations qu’ils ont pour qu’on leur propose un certain nombre de solutions et qu’ils les évaluent. L’Atelier Universel nous a aidé à aller vers les médecins sur des sujets design. Nous avons embauché un philosophe-designer en avril 2021, Guilherme Dumas, qui, en étant au contact des utilisateurs, nous aide sur les problématiques de design, de coordination avec des acteurs qui font du design comme l’Atelier Universel. Il a bouleversé nos manières de travailler à partir de sa force de persuasion et sa manière pédagogique de nous expliquer ce que le design apporterait à l’entreprise. Nous sommes progressivement en train de construire le MyPL Lab, un lieu d’animation et d’expression du design au profit de MyPL.  

Souvent, le design est perçu comme un aboutissement. Nous construisons avant tout les logiques de workflow, d’ergonomie sous forme de wireframes pour ensuite mettre du design au sens graphique du terme. Une fois que nous avons challengé ces maquettes, nous aboutissons à une version de travail : c’est autour de celle-ci que nous allons créer la partie back-end et front-end. Le design est instrumental pour nous dans la manière de concevoir nos logiciels, dans cette perspective de coller au mieux aux aspirations des utilisateurs. Le design est un socle pour nous dans la manière d’appréhender ce qu’il faut concevoir en termes d’outils. Sur les logiciels dits intelligents, proche des utilisateurs, le design est la partie fondamentale. La technologie que l’on utilise derrière est alors secondaire.   

Quelles autres fonctions occupe le design dans votre projet ?   

J-A.K : Nous avons recruté depuis peu une Product Owner au sein de l’équipe dont le rôle sera de créer une cohérence globale dans l’identité des produits afin d’améliorer la communication vers l’intérieur (financiers, actionnaires…) comme l’extérieur lors de salon ou des plateformes de recrutement. Le design peut nous permettre de mieux représenter notre activité en termes de “storytelling”.   

A travers MyPL, nous développons un langage visuel qui va permettre au professionnel de santé d’avoir accès à une information qui est lisible. Souvent, en médecine, si l’on souhaite par exemple avoir accès à une information sur un résultat ou la température d’une personne, il y a énormément de manière de l’exprimer. Il y a alors beaucoup d’autres informations autour d’une information qui semble particulièrement simple, et qui donnent de la perspective à cette information. Nous ne voulions pas faire une interface graphique où l’on met le maximum d’informations dans un tableau. Nous voulions plutôt créer une épure avec les informations minimales dont ont besoin les médecins, cette information étant elle-même traduite pour que, graphiquement, un médecin puisse immédiatement identifier les points d’attention.   

Arriver à comprendre dans le processus de décision du médecin ce qu’il ou elle va aller voir en priorité ou dans quel ordre, c’est notamment ce qui a contribué à construire la partie design de notre produit.  Nous passons alors du temps à questionner les utilisateurs, à comprendre leurs habitudes, savoir s’il faut les reproduire ou au contraire les modifier. Il s’agit d’une nouvelle façon d’exercer une expertise : nous parlons alors de médecine augmentée.    

À quel stade avez-vous intégré le design dans le projet ?  Disposiez-vous de financements pour le design ?  

J-A.K : Nous avons intégré le design dès la création du projet, en 2019 : dans la mesure où nous avons les produits, nous voulons créer un lien entre les contenus et un moyen de les rendre lisible.  En effet, nous ne pouvons pas faire l’économie de la partie design dans le domaine du logiciel. Nous avons aussi fait appel à des directeurs artistiques.  

Au sein de MyPL, le designer est architecte de tout ce qui se fait : c’est lui qui va exprimer le besoin, le traduire de telle sorte que nous puissions savoir quoi faire sur le volet technologique (flux et consommation de l’information…), beaucoup d’aspects dans le domaine du code et des langages à adopter en fonction de la partie design, ce qui est la traduction de ce que nous avons perçu chez l’utilisateur.  En 2019, nous avons bénéficié d’une aide au design, une enveloppe à travers l’INPI. Avec des logiques de R&D, de crédit impôt recherche, nous bénéficions indirectement d’aides destinées au design : une partie des travaux réalisés sur la partie design est prise en charge grâce aux Crédit Impôt Recherche et Crédit Impôt Innovation. 

Qu’a apporté le design au projet MyPL ?   

J-A.K : Nous travaillons aujourd’hui principalement avec des pays européens, mais notre clientèle va être de plus en plus internationale, notamment sur le continent Nord-Américain et certains pays d’Asie. Les sensibilités et pratiques sont différentes : il faudra adapter les logiciels aux utilisateurs. Le design apporte des solutions à des pratiques actuelles. L’efficacité, notamment visuelle, permet l’accès à l’information et une bonne compréhension.   

Il est difficile de mesurer une performance en lien avec le logiciel. Le design alors est la partie interfacée qui permet d’être visible auprès de l’équipe, l’utilisateur, l’acheteur, le directeur ou la directrice générale d’un hôpital. Nous sommes fiers du design de MyPL : il permet de montrer une grande partie du savoir-faire de l’entreprise. MyPL est un dispositif médical et nous avons l’impératif de former au mieux les utilisateurs de nos logiciels. La formation permet de montrer cette intelligence que nous avons créé autour de l’UX et l’UI : le design ne s’exprime pas seulement dans le produit, mais aussi dans les modules de formation que nous avons développés et auxquels nous consacrons des moyens et du temps pour que nous puissions accompagner nos clients le mieux possible.  

MyPL existe grâce à un certain nombre de fondamentaux tels que le design : notre expertise s’exprime notamment aujourd’hui dans le design, qui est amené à jouer un rôle important demain dans une logique d’amélioration et de dépassement permanent. Un logiciel n’existe plus dès lors qu’on le commercialise : il faut réfléchir à l’améliorer, à développer de nouvelles fonctionnalités. La cellule de design est forcément sollicitée, et c’est aussi elle qui doit nous permettre d’identifier là où nous devons aller demain. Le design est à la fois un instrument de changement, une cellule qui doit comprendre les tendances de demain.   

[Interview réalisée en août 2022]